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TRAVAIL

Points de vue / Spécificité du travail humain / Le travail comme formateur / La division et l'aliénation du travail


-Points de vue

Le travail s'oppose au jeu qui est une activité désintéressée; il se dinstingue de l'effort qui peut être désordonné; il se caractérise par son caractère de contrainte (on travaille par devoir et par nécessité sociale) et par sa forme d'action réglée.

Toutefois, dans certains cas, le travail peut correspondre à la vocation d'un individu, à ses tendances les plus profondes (création artistique, philosophique ou scientifique): du point de vue psychologique, il ne se distingue alors plus du jeu.

Bien que la notion de travail évoque d'une manière privilégiée l'action physique sur le monde (agriculture,...) ou sur une machine (travail industriel), l'effort intellectuel, la recherche théorique, l'enseignement, la direction d'une entreprise ou d'un Etat, représentent également un travail de compréhension, de synthèse, de direction.

Il y a travail tant qu'il y a «responsabilité» sociale ou simplement création véritable d'un point de vue juridique; le droit du travail est le droit qui crée à l'Etat l'obligation juridique d'assurer un travail à quiconque lui en demande...

-Origine du travail chez l'homme

A l'origine, moyen de garantir la survie en subvenant à ses besoins que la nature ne pouvait pas combler

Comparé à l'animal, l'homme est en un sens défavorisé comme le souligne déjà Aristote: il est privé de griffes et de fourrure, et doit compenser leur absence par des artifices. De plus, il n'existe pas chez l'homme de comportement prédéterminés de type instinctif (comme pour l'animal). Cette absence mène à d'autres types de comportements, «intelligents», qui aboutissent à constituer des réponses inédites, variables et autorisant une adaptation à tout nouveau problème.

Ainsi les besoins (même élémentaires: se nourrir, s'abriter) de l'homme ne peuvent-ils être satisfaits par des moyens immédiats: pour les combler, l'être devenu humain, doit nécessairement inventer des conduites, des outils élémentaires, des moyens «techniques» qui lui apportent ce qui lui est nécessaire.

Ainsi le travail est apparu pour une nécessité «naturelle»: l'homme a du s'adapter en transformant la nature, pour combler ses besoins.

Le besoin, une fois comblé, renaît sous une autre forme. Aux besoins vitaux se substitue des besoins «artificiels»: l'homme est l'être pour lequel le superflu devient rapidement aussi important que le vital. Une fois apparu, le travail entre donc dans une histoire dont aucune fin n'est concevable, dès lors qu'il aboutit à l'apparition presque simultanée d'une satisfaction et d'un manque

-Spécificité du travail humain

C'est Marx qui a souligné la spécificité du travail humain qui implique un plan et un projet spirituel, et se différencie ainsi de l'opération animale.Certes l'animal construit son nid ou son abri -ainsi font l'oiseau, le castor, la fourmi- mais l'animal ne travaille pas à proprement parler, car il n'applique aucun plan et ne réalise aucun but consciemment.. Il n'exerce ainsi aucune volonté réfléchie. Alors que l'homme a une activité vitale consciente, l'animal ne se représente pas ses fins.

Le travail, vocation essentielle de l'homme, le distingue des autres êtres vivants, dominés par leurs instincts. C'est ce que Marx explique quand il écrit dans «Le Capital»: «Le travail est de prime abord un acte qui se passe ......................

Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond, par la structure de ses cellules de cire, l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est que l'architecte construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche (->dans la réalité).»

C'est notamment parce que le comportement laborieux obéit à un projet, et donc envisage l'avenir, que des fonctions mentales jusque là «en sommeil» (l'imagination, la volonté) se développent

-Le travail est formateur / Source de liberté

Le travaill définit l'homme parce qu'il le forme et le produit. Le désir animal n'est jamais producteur et formateur au sens profond du terme.

L'homme, en transformant la nature et les choses, se construit et se réalise lui-même. Il façonne la nature à son image et accède ainsi à la conscience et à la liberté.

C'est ce que Hegel a montré dans sa célèbre «Dialectique du maître et de l'esclave» dans «Phénoménologie de l'esprit». Si, dans la lutte des consciences opposées, le maître domine l'esclave qui n'a pas voulu mettre sa vie en jeu, ce dernier va se libérer par le travail. Le maître en effet se contente de jouir passivement des choses, d'user des fruits du travail de l'esclave. Ainsi s'enfonce-t-il dans une jouissance passive, alors que l'esclave extériorise sa conscience et ses projets dans le monde. Aussi acquiert-il progressivement son autonomie. Etre un maître sans travailler représente une impasse alors que le travail dans lequel la conscience s'objective est la voie de la libération humaine. L'esclave forme les choses et se transforme lui-même; il asservira ainsi son maître qui deviendra son esclave.

Ainsi Hegel montre que le travail est le chemin de l'autonomie: il est la source de tout progrès humain et historique. Le travail forme et éduque, il transforme le monde et civilise. C'est donc par le travail que l'homme se réalise en tant qu'homme et se définit.

«Le travail, c'est la liberté...»

(Hegel est même allé plus loin en expliquant que, par le travail, l'esclave se libère aussi de l'angoisse qu'inspire l'idée de la mort)

-La division du travail

Si le travail fait partie intégrante de notre nature, puisqu'il nous engendre et nous construit, si donc le travail est l'essence de l'homme, s'il nous ouvre la voie de la culture et de la liberté, cependant le risque d'aliénation existe. En effet, dans la société moderne, le travail se divise, en général, et se répartit entre les travailleurs. Chacun accomplit toujours le même genre de travail, pour lequel il acquiert une compétence particulière. Ainsi s'institue peu à peu une division du travail matériel et intellectuel. Dès lors, la division du travail morcelle l'homme et condamne chaque individu à s'enfermer dans un cercle d'activité déterminé, auquel il ne peut échapper.

-L'aliénation du travail (Marx)

Initialement, l'artisan produit en totalité un objet qui est donc sa création propre et dans lequel il se reconnaît. Progressivement avec la manufacture, puis la grande industrie, le travail ouvrier devient travail aliéné. Cette aliénation consiste en ce que l'homme se trouve devant son produit comme devant une réalité qui lui est étrangère et le domine. Le producteur ne se reconnaît plus dans la chose qu'il produit.

Ce phénomène de l'aliénation a été mis en lumière par Marx dans les Manuscrits de 1844 et Le Capital.

Le travail devient extérieur à l'ouvrier qui n'y développe aucune énergie libre et authentique, qu'elle soit physique ou morale.

-L'exploitation du travail: travail et plus-value

Le travail pour Marx est non seulement aliéné mais aussi exploité. En effet, le propriétaire des moyens de production achète la force de travail à l'ouvrier, son énergie physique et nerveuse. Cette force de travail constitue la seule ressource des producteurs, qui la vendent quotidiennement. Mais le propriétaire, s'il rétribue les producteurs, ne paye pas pour autant à son juste prix la force de travail incorporée dans les marchandises produites.

Sur la valeur de 8 heures de travail fournies, il n'en paye par exemple que celle de 5 heures de travail. les 3 autres sont gratuites et créent une plus-value, c'est à dire une valeur supplémentaire produite par le travailleur, en contre-partie de laquelle il ne perçoit aucune rétribution.

L'aliénation est générale: elle concerne aussi bien le travailleur oeuvrant pour un autre que le produit et, plus généralement, la définition du travail lui-même qui paraît dès lors ne plus avoir en effet d'autre but que de fournir un salaire grâce auquel les besoins seront satisfaits (tant bien que mal..)

Marx peut alors souligner la perversion complète des valeurs: le travail, au lieu d'être l'occasion d'une réalisation de soi et de sa liberté, devient un véritable esclavage que le travailleur a hâte de fuir; cela ne l'empêche pas de maintenir la validité du concept initial et c'est au contraire relativement à ce qu'indique ce concept qu'est possible la critique du travail industriel, puisqu'il apparaît que ce dernier ne correspond plus à ce qu'il devrait être (écart qui selon Marx ne pourra être solutionner que par la mise en place d'une société sans classes, ignorant l'exploitation du travail).

En complément : Consultez les sujets sur le thème du Travail dans la rubrique "Annales". Par exemple :
Le travail n'est-il qu'une contrainte?



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