- Définition
Milieu indéfini dans lequel se succèdent les événements et considéré souvent comme une force agissant sur le monde et les êtres.
Distinguer le temps comme changement perpétuel qui transforme le présent en passé, et le temps conçu comme milieu indéfini dans lequel les événements se déroulent.
-Le temps = marque de mon impuissance
Irréversibilité = caractère principal du temps. Tout coule, tout passe. Le temps comme l'acheminement vers la mort, dégénérescence du corps, des facultés mentales : un temps auquel on ne peut échapper ni biologiquement, ni intellectuellement.
Toute action humaine lorsqu'elle est accomplie, l'est sans retour possible. Le temps emporte tout sans retour. Ce que j'ai vécu recule de plus en plus dans le passé et ne pourra jamais être revécu.
Cf Lagneau dans sa célèbre formule: «Le temps est la marque de mon impuissance, l'étendue [l'espace] celle de ma puissance» -nous pouvons agir sur l'espace (par la vitesse par exemple) mais pas sur le temps. Le temps ne peut être parcouru que dans une seule direction.
-Le temps comme synonyme de limitation
-Cf la naissance et la mort qui sont les limites de l'existence humaine.
Le temps consacre aussi mon impuissance par la mort qu'il contient en lui. En tant qu'être fini, l'homme ne peut concevoir le fait que le temps est infini; la limitation est la caractéristique fondamentale de l'homme. Il semble obligatoire d'admettre que toute entreprise humaine est radicalement condamnée à l'insignifiance, à la destruction.
Par rapport à l'éternité (qui n'est pas le simple contraire du temps, mais bien plutôt son absence, c'est à dire la permanence indéfiniment semblable à elle-même), l'existence humaine apparaît bien limitée.
-Saint Augustin affirme que les 3 modes du temps ne sont que 3 versions du néant; le passé et le présent sont par définition absents et ne peuvent être caractérisés que négativement (le «ne...plus» et le «pas...encore»); le présent lui est introuvable, insituable: un point de transformation du futur en passé.
A noter que comme l'existence humaine aboutit nécessairement à la mort, il est compréhensible que mythologies et religions aient affirmé de multiples voies pour l'homme d'échapper à cette force destructrice en lui offrant des possibilités d'accès à une éternité concernant au moins sa dimension spirituelle.
-Le temps comme milieu indéfini
A côté du temps irréversible, lié à la condition précaire de l'homme, il est un temps objectif, conçu comme milieu indéfini analogue à l'espace, dans lequel se déroulent les événements. Le temps est alors une forme divisible, appréhendée sur le modèle de l'espace.
Cf Kant pour qui le temps est aussi un milieu homogène, une forme pure: Kant définit le temps comme une forme a priori de la sensibilité, c'est à dire une intuition qui est la condition (a priori) de toute expérience: elle est la forme ou le caractère de toute expérience que la conscience peut faire d'elle-même, mais aussi de tous les phénomènes extérieurs en tant qu'ils doivent prendre place dans notre expérience.
Cf Bergson: il distingue la durée et le temps: la durée est vécue comme «une continuité indivisible de changement» alors que le temps est la mesure de la durée, c'est à dire sa projection dans l'espace qui est seul mesurable et divisible.
-Temps = condition même de la pratique humaine
Si le temps représente un principe de dégradation, il est aussi ce en quoi l'homme se réalise: il est le temps de l'histoire et du projet humain.
Cf Hegel et le temps historique: l'homme est un être historique; son temps vrai n'est ni le temps biologique, ni cosmique, mais le temps du travail humain, celui par lequel l'homme informe le monde et entre en rapport avec les autres consciences de soi -ainsi envisagé, le temps peut devenir l'organe de ma liberté et de ma puissance.
Si le temps n'est pas seulement ce qui détruit, il est aussi ce qui mûrit, ce qui guérit; en ce sens que s'il nous éloigne de nos joies passées, il efface aussi lentement les chagrins et les désastres du passé; il découvre aussi à chaque instant de nouveaux horizons (il prépare pour demain les solutions aux problèmes d'aujourd'hui).
L'homme se forme à travers le temps; contrairement à l'animal, il peut réfléchir au passé, penser l'avenir, construire ses projets sans cesse renouvelés; il apprend au cours du temps: l'homme se construit, se fait, accomplit son humanité.
L'homme a donc une certaine prise sur le temps: il est capable de le penser; il saisit une relation entre les différentes parties du temps, ainsi il peut échapper en partie au devenir et le dominer.
L'homme a la liberté de réfléchir, d'envisager plusieurs possibilités, de différer ses actions; il peut organiser son existence en fonction du temps qui n'est donc plus destructeur mais qui participe au contraire à la construction de l'existence individuelle, comme collective.
=>L'homme trouve dans le temps la dimension permettant à ses actes, ses comportements, ses projets, de se déployer et de s'inscrire dans le monde. Le temps devient la condition de son existence.
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En complément :
Consultez les sujets sur le thème du Temps dans la rubrique "Annales".
Par exemple :
Le temps est-il une limite pour l'homme? / Le temps est-il destructeur? ~
Prendre son temps, est-ce le perdre?
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