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RELIGION

Définition-Généralités-Notion de sacré / Bergson et les 2 formes de religion / Critiques de la religion


-Définition

-Au sens étymologique traditionnel, le terme religion vient du latin religio, relegere: lien, rassembler; la religion serait donc un lien entre les hommes.

-Religion = système de croyances (dogmes) et de pratiques (rites et interdits) relatives aux sentiments de la divinité et unissant en une même communauté morale tous ceux qui y adhèrent.

- Toute religion est fondée sur une «révélation», dont la condition historique peut être l'histoire exemplaire d'un peuple (cf le judaisme) ou celle d'un prophète dont l'enseignement et le modèle idéal de vie ont été conservés par une tradition d'abord orale (cf le christianisme, le bouddisme).

Si les religions diffèrent entre elles, c'est sur les moyens qu'elles conçoivent pour réaliser le salut:
par exemple le bouddhisme préconise une ascèse visant à éteindre en nous tout désir individuel, à rompre avec le monde des «apparences». Le christianisme est une religion parfois davantage tournée vers le monde et la vie -bien que préconisant une certaine ascèse (cf monastères, couvents) visant à nous couper du monde extérieur pour réaliser la présence de Dieu à nous-mêmes. La religion juive s'identifie avec la morale, avec un ensemble de devoirs destinés à régir nos relations avec autrui: une religion qui ne demande pas à l'homme de «croire» mais de «faire».

En fait une religion est assujettie à avoir un contenu spécifiquement religieux dont le fond est un sentiment irréductible à la morale et à notre conduite envers autrui : c'est le sentiment de la présence de Dieu, ou sentiment du «sacré». Le sentiment du sacré est le coeur de toute religion.

Toute religion est administration du sacré, toute conception religieuse du monde implique la distinction du sacré et du profane. Le profane est ce qui est à l'extérieure du lieu consacré.

Les deux termes sacré et profane n'ont de sens que l'un par rapport à l'autre. Le sacré est une qualité que les choses ne possèdent pas par elles-mêmes, mais qu'une grâce mystérieuse vient leur ajouter; c'est la propriété stable ou éphémère de certains êtres (roi, prêtre), de certains espaces (église, temple,...). Le sacré, qualité produite par une grâce est pour le croyant source de toute efficacité. C'est une force avec laquelle l'homme doit compter.

Rmque: la religion ne se confond pas avec la magie. La magie=ensemble de rites et de savoir-faire, art d'agir sur la nature par des procédés occultes et y produire ainsi des effets extraordinaires : le magicien force le consentement de la nature. La religion se contente d'implorer la faveur des Dieux sans jamais les contraindre.

-Bergson et les deux formes de la religion -(«Les deux sources de la morale et de la religion»)

-La religion statique a une fonction essentiellement sociale; elle permet d'assurer la conservation sociale: les tabous et interdits religieux sont avantageux à la société et à l'espèce (cf les interdits réglementant les relations sexuelles, manifestement utiles pour assurer la bonne cohésion des groupes).

La religion statique permet aussi de contrer l'angoisse de la mort. Les animaux ne savent pas qu'ils doivent mourir; mais l'homme lui le sait : d'où l'image que va fournir la religion d'une continuation de la vie après la mort.

Enfin la religion statique est une assurance contre l'imprévisibilité; si l'animal est sûr de lui-même, l'intelligence (humaine) connaît une marge d'imprévu puisqu'elle combine des moyens en vue d'une fin. Avec les rites religieux, l'imprévisibilité tend à disparaître.

=>D'où la fonction générale de la religion statique: «C'est une réaction défensive de la nature contre ce qu'il pourrait y avoir de déprimant pour l'individu, et de dissolvant pour la société, dans l'exercice de l'intelligence» Bergson.

-La religion dynamique -celle des mystiques- transporte l'âme sur un tout autre plan, celui de l'amour.

A la religion statique conçue comme principe de cohésion sociale s'oppose la religion dynamique dont l'amour est le principe. Dieu apparait à l'âme mystique comme une Présence et une Illumination.

C'est par cette voie que sont nées toutes les grandes religions qui apparaissent ainsi aux hommes comme des vérités révélées.

-Critiques de la religion

-A noter déjà dans l'Antiquité la critique des philosophes matérialistes qui ont vu dans la peur l'origine de l'idée de Dieu (Epicure, Lucrèce).

-Cf Feuerbach (L'essence du christianisme) : il y pose le problème religieux en termes d'interprétation et de sens. Dieu = la personnification de l'espèce humaine. La religion n'est rien d'autre donc que la relation de l'homme à lui-même; tous les attributs de Dieu peuvent en effet être rapportés à l'expérience humaine (personnalité, existence, conscience, volonté, amour de soi,...)

Mais cette essence humaine est aliénée, prêtée à un autre et objectivée en lui. L'homme objective et extériorise son essence et se constitue lui-même en objet =>la projection religieuse est aliénation: pour enrichir Dieu, l'homme se fait pauvre =>l'humanité de Dieu révèle l'inhumanité de l'espèce humaine.

-Cf Marx, qui à la suite de Feuerbach, s'efforce de mieux rattacher le phénomène religieux à la réalité historique. Dieu tout-puissant résume les impuissances naturelles et sociales de l'homme. La nature et le monde historique se dressent en face des hommes qu'ils dominent. La religion représente à la fois l'impuissance des hommes, leur aliénation et aussi une actualisation fantastique leur permettant d'établir une compensation idéale.

Dieu=la réalisation fantastique de l'être humain parce que celui-ci ne possède pas de vraie réalité => la religion apparaît comme le monde à l'envers; l'homme trouve le reflet de lui-même mais inversé, avec ses rêves, ses espérances, ses illusions; et le paradis est la conscience inversée du monde.

«La religion...c'est l'opium du peuple» Marx.

-cf Freud qui reprend ce thème de la religion comme illusion. Et pour lui le ressort de cette illusion se trouve dans la détresse infantile qui éveille le besoin d'être protégé.

L'homme angoissé se rattache à un père, tout-puissant : en gros, Dieux n'est qu'une illusion dérivée de désirs humains.

=>Freud voit dans la faiblesse psychologique l'origine de la religion.

En complément : Consultez les sujets sur le thème de la Religion dans la rubrique "Annales". Par exemple :
La religion conduit-elle l'homme au-delà de lui-même? ~ Peut-on concevoir une religion sans Dieu?



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