-Définition
Inconscient = ce qui est privé de conscience, ou ce dont on n'a pas conscience mais dont on peut prendre conscience. Le second sens se rapporte uniquement à l'homme.
La philosophie classique n'a pas reconnu l'existence de l'inconscient. (cf Descartes qui, identifiant conscience et psychisme, pose d'un côté la pensée qui pense, et de l'autre les mécanismes corporels: c'est ce qu'on appelle le dualisme cartésien). C'est Leibniz qui a abordé véritablement le problème de l'inconscient (Nouveau Essais sur l'entendement humain): cf sa théorie sur les petites perceptions: «Pour que l'on entende le bruit d'une vague au bord de la mer, il faut que l'on ait entendu le bruit de chaque goutte d'eau. Si chaque goutte d'eau faisait un bruit égal à zéro, on n'entendrait jamais la vague»: mille petites perceptions que je ne saisis pas clairement concourent à la perception de l'ensemble.
-Les travaux de Freud
L'inconscient est la partie du psychisme latent, faite de désirs, de pulsions, de tendances, dont on ne peut disposer car elle échappe à la connaissance. Refoulées hors du champ de la conscience par une puissance de contrôle qu'il appelle la «censure», les forces inconscientes arrivent cependant à se manifester dans les «actes manqués» de la vie quotidienne (oublis, lapsus), dans les rêves ou les troubles du comportement (bégaiements, blocages,...).
Le refoulement est, au sens propre du terme, l'opération par laquelle le sujet repousse dans l'inconscient des représentations susceptibles de provoquer du déplaisir à l'égard d'exigences créées généralement par notre formation première.
Pour Freud, l'inconscient est ainsi divisé en trois:
Le Moi = la conscience claire
Le Ca = l'inconscient fait de pulsions
Le Sur-Moi = conscience sociale; il se formerait selon Freud par une intériorisation de l'autorité paternelle dans la conscience; le père étant celui qui sanctionne les actes mauvais, l'individu, en l'absence du père, se punirait lui-même (remords, conscience de culpabilité,...)
Le Moi définit alors l'équilibre entre les tendances instinctives (Ca) et la conscience sociale présente en nous (Sur-Moi); et cet équilibre entre les désirs individuels et le sentiment des nécessités sociales est capable de varier dans un sens ou dans l'autre.
L'hypothèse de l'inconscient est légitime et nécessaire: de nombreux actes psychiques en effet (idées, représentations...) apparaissent dans la conscience sans que nous puissions accéder réellement à leur origine. Seule l'existence d'actes et d'états inconscients peut leur donner sens et cohérence.
-Connaissance de l'inconscient: les actes manqués et les rêves
Quand alors la censure relâche son action, l'inconscient fait irruption dans le conscient. Les actes manqués et les rêves sont les meilleurs moyens pour mener à la connaissance de l'inconscient.
-les actes manqués représentent l'irruption de l'inconscient dans la vie quotidienne: ce sont ces actes innombrables dans la vie psychique qui manquent et ratent leur but intentionnel et expriment finalement bien autre chose que ce but: cf les erreurs d'écriture, les maladresses, les bris d'objets,.....Il faut en déceler le sens car ils révèlent les secrets les plus intimes de l'être; ils prouvent en tout cas l'existence du refoulement chez les individus.
«Certains actes en apparence non-intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience...Font partie de cette catégorie les cas d'oubli et les erreurs (qui ne sont pas l'effet de l'ignorance), les lapsus, les méprises et les actes accidentels» Freud.
-les rêves: ce sont aussi des exutoires de l'inconscient. Freud en décèle un sens et en interprète le contenu. Le rêve cesse avec Freud d'être irrationnel; il apparaît comme la réalisation plus ou moins déguisée d'un désir refoulé. Ce qui compte alors dans l'interprétation du rêve, c'est ce qui est caché, son sens, les idées latentes et masquées du rêve.
Ainsi Freud a montré que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime. En découvrant cet état mal connu de l'inconscient, il a dégagé profondément le sens caché de nos conduites => un acquis irréversible sur le plan de la connaissance.
-Critiques
Cependant, des philosophes comme Alain et Sartre, désireux de préserver la liberté du sujet dans la sphère de la morale, ont critiqué ce terme d'inconscient:
Alain a mis en évidence les dangers éthiques du freudisme; toute la morale consiste à se référer au Je, unique fondateur de notre vie. Pour Alain, il ne s'agit pas de contester la réalité de l'inconscient, mais de refuser les mythes dangereux comme l'irresponsabilité, l'abandon à l'inconscient, qu'il pourrait véhiculer.
«Il faut éviter plusieurs erreurs que fonde le terme d'inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l'inconscient est un autre Moi; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu'il n'y a point de pensées en nous sinon par l'unique sujet, Je. Cette remarque est d'ordre moral» (Eléments de Philosophie).
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Aller plus loin :
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Par exemple :
Peut-on représenter l'inconscient? ~
Sur quelles raisons s'appuyer pour admettre l'existence de l'inconscient? ~
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