-Définition
- organisme politique qu'une société se donne à elle-même
- l'Etat n'est pas la nation; il est une structure juridique, il se définit comme un pouvoir doté d'organes politiques et administratifs ainsi que d'un appareil répressif. Alors que la nation représente une communauté naturelle ou historique, mais pas juridique. Cependant, la nation est le milieu où s'engendre l'Etat.
- l'Etat n'est pas le pouvoir; il est une forme et un aspect du pouvoir; le pouvoir peut s'étendre à toute l'existence humaine (cf pouvoir du médecin, du directeur,...).
-Fonctions de l'Etat
Le concept d'Etat prend son origine dans celui de la cité. Les philosophes se sont longtemps interrogés sur la nature du lien ou du contrat qui unit les membres d'une société à ses dirigeants.
-Cf Hobbes (De cive - Le Léviathan): à l'état de nature, l'homme n'est mû que par le désir
et la crainte, d'où une situation de conflit permanent; c'est «la guerre de tous contre tous» où «l'homme
est un loup pour l'homme»; le conflit des appétits conduit les individus à l'anarchie; car la haine et
l'agressivité l'emportent alors. La raison, qui n'est pas une faculté d'origine divine, mais la simple faculté de calculer les effets favorables ou défavorables, impose donc une solution: l'Etat. Celui-ci permet d'échapper à l'instabilité et aux luttes; il est un puissant facteur d'ordre, de régulation et de stabilité. Il est un moyen d'instituer une organisation de vie collective garantissant la sécurité des individus.
-Cf Rousseau: "L'Etat ou la cité n'est qu'une personne morale dont la vie consiste dans l'union
de ses membres" (Contrat Social). Il a pour fin la conservation et la prospérité de ses membres. Le problème de la nature du Contrat Social
est très exactement celui de l'Etat.
"Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant
qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant".
-Cf Hegel : L'Etat est aussi un moyen pour dépasser l'arbitraire. L'individu tend en effet naturellement à maintenir
son individualité subjective; mais ce principe est dangereux car il conduit souvent au caprice.
L'Etat au contraire est lié à l'observation des lois : il parle universellement aux sujets et, contre l'arbitraire, incarne
la raison. Mais ceci ne signifie pas que n'importe quel Etat soit l'Etat parfait...
-Cf Marx : plus critique. Il définit l'Etat comme un organisme de contrôle et de répression au service d'une classe dominante.
Le pouvoir étatique n'a pas de réalité autonome et spécifique: c'est une "superstructure" qui exprime et dissimule en même temps les intérêts des classes dirigeantes.
L'Etat est l'enjeu de la classe au pouvoir, il en est l'instrument; il se borne à légaliser des conflits de
classes et un ordre économique et social qui sont antérieurs à lui.
Selon Marx et Engels, l'Etat s'éteindra progressivement dans la société sans classes.
-Ambiguité de l'Etat
En fait, la nature de l'Etat est profondément ambigue: instrument d'émancipation et de liberté, puisqu'il permet de garantir
la sécurité des individus, l'Etat peut devenir, en certains cas, une machinerie de pouvoir profondément destructrice et aliénante.
Cf Nietzsche: l'Etat est une institution au service de la vie et protège les individus. Mais il est devenu aussi "le plus froid de tous les monstres froids",
un pouvoir omniprésent de tromperie et d'étouffement.
-Quelques doctrines politiques
-L'anarchisme: abolir l'Etat (cf Proudhon, Bakounine). Rejet pur et simple de l'Etat qui met en péril la liberté humaine;
les concepts d'Etat et de liberté sont rigoureusement contradictoires. (à noter la différence avec Marx: celui-ci évoque une extinction progressive de
l'Etat alors que les anarchistes veulent une reconstruction de la société de manière extra-étatique).
Cette théorie a un sens très éthique parce qu'elle affirme avant tout la valeur de l'individu. Mais les conditions d'une société
sans Etat ne sont guère réalisables aujourd"hui...
-Le totalitarisme : exaltation de la toute-puissance de l'Etat dont la souveraineté ne peut être discutée.
Totalitarisme = régime dans lequel la puissance étatique tend à confisquer et à diriger toutes les activités
de la société (ex: fascisme italien). Destruction de la liberté par l'oppression.
-La démocratie : régime où la volonté populaire est absolument souveraine. Ce sont les citoyens, égaux en droit, qui gouvernent.
Cf Rousseau (Contrat Social) : il y traite des conditions d'un Etat légitime, d'un Etat de droit: le pacte social légitime doit exprimer la volonté
générale, prenant pour objet les questions concernant le bien commun. Comment définir ce bien commun? Il convient que le corps politique procède lui-même
à sa découverte; d'où l'idéal de Rousseau de la démocratie directe -(la démocratie est généralement représentative plutôt que directe).
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Aller plus loin :
Consultez les sujets sur le thème de l'Etat dans la rubrique "Annales".
Par exemple :
L'Etat est-il l'ennemi de la liberté? ~
L'Etat a-t-il pour fonction d'assurer le bonheur des citoyens?
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