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AUTRUI


L'altérité est une des catégories fondamentales de l'esprit

Autrui, c'est d'abord l'autre, le différent

C'est un moi qui n'est pas moi: cf Sartre: "Autrui, c'est l'autre, c'est à dire le moi qui n'est pas moi...Autrui, c'est celui qui n'est pas moi et que je suis pas. Ce ne-pas indique un néant comme élément de séparation donné entre autrui et moi-même" ("L'être et le néant").

- La réflexion classique n'a guère pris en compte la dimension de l'autre

cf Descartes: ce que le cogito nous livre, c'est d'abord une pensée se prenant elle-même comme objet de réflexion, une conscience doutant et par là-même existant. Je pense, je suis. La conscience s'appréhende alors en tant que retirée du monde, sans prendre en compte la présence de l'autre; la réflexion philosophique s'opère dans la solitude.

- Autrui comme nécessaire à la constitution même de la conscience de soi:

C'est au 19è siècle, avec Hegel, que la notion d'autrui apparaît véritablement dans la réflexion philosophique: sans autrui, je ne suis rien, je n'existe pas. Je dépends de l'autre dans mon être. Car je ne suis une conscience de soi que si je me forge et me forme à travers la négation d'autrui.

Pour réaliser l'unité de la conscience de soi, je dois me faire reconnaître.

Sans la lutte des consciences de soi opposées, la conscience ne peut se former et se forger:

Toute conscience poursuit la mort de l'autre -il ne s'agit pas bien entendu de la mort physique- Ce que désire la conscience, c'est asservir l'autre ou plus exactement détruire son autonomie et sa liberté. La vie humaine, c'est le conflit. En réalisant cette destruction, j'assure alors ma supériorité.

- Hegel a donc mis en évidence la notion moderne d'intersubjectivité:

Ce qu'il nous a appris, c'est que le cogito est à la fois saisie de soi-même et saisie de l'autre; que l'autre est indispensable à notre existence => par le "Je pense", contrairement à la philo de Descartes, nous nous atteignons nous-mêmes en face de l'autre. C'est le monde de l'intersubjectivité, le monde où les consciences sont plurielles, un monde où je suis véritablement soudé aux autres et à leur présence.

- Sartre ("L'être et le néant") prolonge la pensée de Hegel en explicitant le conflit humain tel qu'on le vit à travers le regard par exemple: c'est l'agression du regard d'autrui qui exprime le mieux ma dépendance par rapport à l'autre. Quand autrui me regarde, il me transforme en chose, il me met en danger car je me découvre en position d'objet; autrui, par son existence même, me fait tomber dans le monde des choses. "Autrui est d'abord pour moi l'être pour qui je suis objet" alors que "je suis moi, pour moi-même inaccessible"

- Le conflit n'est pas la seule dimension existentielle, et la rencontre demeure possible:

.cf le dialogue, marque même de l'humanité: dialoguer c'est faire une discussion par demandes et réponses, c'est reconnaître la pensée d'autrui. Sans dialogue, pas d'humanité possible.

.cf la sympathie qui se distingue de la contagion affective, participation involontaire aux émotions d'autrui et qui est simplement du domaine de la suggestion; la sympathie au contraire vise la personne.

.Et au sommet de la rencontre, il y a l'amour, élan pur et gratuit vers l'autre.

=> Si autrui est bien le médiateur entre moi et moi-même, ce que je perçois en lui, ce n'est pas seulement la dure loi du conflit, mais aussi l'affirmation d'une humanité possible.

Aller plus loin : Consultez les sujets sur le thème Autrui dans la rubrique "Annales".
Par exemple :

Peut-on comprendre autrui? ~ Autrui est-il limite ou condition de ma liberté? ~ Suis-je dans le même temps qu'autrui?



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