-Définition
«Art» vient du grec teknê qui signifie création-production, et savoir-faire, habileté.
Le mot art signifie un ensemble de procédés permettant d'obtenir certains résultats et d'atteindre certaines fins (on parle des «art ménagers», de l'»art culinaire»,...).
Mais l'art désigne aussi la création de choses belles, d'objets esthétiques (notion que l'on va retenir ici).
-L'art comme imitation de la nature?
C'est l'avis de Platon (cf «La République»): il voit dans l'art une copie de copie puisque l'art imite la nature, le sensible, et que ce sensible est lui-même copie du monde intelligible, ce monde des Idées (=Formes = Modèles) où se trouve la vérité, la vraie réalité. Cela suppose un monde-vérité (le monde intelligible) et un monde-apparence (le monde sensible).
Platon suppose ainsi la suprématie du modèle sur la copie, donc la supériorité du monde intelligible sur le monde sensible, le nôtre. Conséquence: il faut exclure de la Cité les artistes, surtout les poètes qui, par leurs discours, ravissent les hommes et les empêchent d'élever leur âme. Art = simulacre. L'art n'est que mensonge et illusion.
-Ce principe de l'imitation est irrecevable (cf Hegel -"Esthétique") :
si l'on s'en tient au principe platonique de l'art comme reproduction fidèle de la réalité sensible et donc pâle copie d'un monde qui est lui-même copie du monde intelligible, «on peut dire d'une façon générale qu'en voulant rivaliser avec la nature par l'imitation, l'art restera toujours au-dessous de la nature et pourra être comparé à un vers faisant des efforts pour égaler un éléphant» (Hegel) => l'art ne peut jamais être une simple imitation, il n'est jamais un reflet du réel. L'art ne peut se réduire à imiter la nature car le Beau ne préexiste pas.
-L'art et le désir
Le désir est-il en mesure de nous faire comprendre le Beau artistique et l'oeuvre d'art?
Le beau n'est-il pas ce que je désire et veux posséder? Non répond Hegel; cette vision de l'art est fausse. Le Beau artistique ne s'offre jamais à mon désir, il ne concerne que le côté théorique de l'esprit, lequel laisse l'objet subsister dans sa liberté. La relation de l'homme à l'oeuvre d'art et au beau n'est pas de l'ordre du désir. Si la représentation d'un nu éveille en moi quelque désir sexuel, c'est que je ne perçois pas le tableau dans sa dimension esthétique.
=>l'oeuvre d'art, loin de se rattacher à mes désirs, me délivre d'eux et m'entraîne bien loin, dans une satisfaction désintéressée et purement contemplative (cf Kant ci-après).
-L'art comme création d'une réalité spirituelle
Si l'art n'est pas imitation de la nature, ni un objet du désir, Hegel a montré que l'art est création d'une réalité spirituelle: l'art est réellement l'esprit se prenant pour objet, il représente la création d'une réalité nouvelle. Il dégage la vérité profonde des apparences sensibles et l'exprime. Hegel donne l'exemple de la statue grecque: l'art hellénique rend la forme humaine plus parfaite, l'anime et la spiritualise.
Le Beau est alors la manifestation sensible de l'Idée: si l'art est l'esprit se prenant pour objet, Hegel voit dans le Beau artistique une expression sensible de l'Idée. Le Beau se définit comme la manifestation sensible et empirique de l'Idée, élément le plus élevé de la pensée et de l'Etre. Le beau = l'unité de la forme sensible et de l'Idée universelle.
-Le Beau et le Vrai
C'est donc la représentation sensible de l'Idée qui appartient au Beau artistique. Il y a par conséquent une différence essentielle entre le beau et le vrai: le vrai, c'est l'Idée considérée en elle-même, indépendamment de toute forme sensible; c'est l'idée en tant que telle qui donne sens au savoir et permet de le totaliser. Au contraire, dans la beauté artistique, l'Idée est engagée dans une représentation sensible: dans un tableau ce qui compte ce n'est pas seulement l'Idée qui s'y manifeste, mais la couleur, la matière, les données d'ordre sensible et concret
=> on voit ainsi toute la différence entre le vrai et le beau: le 1er est purement intellectuel, le 2nd est tout empreint de sensible et de concret.
-Le problème de l'inspiration
Cf Platon qui pensait (en contradiction d'ailleurs avec sa conception de l'art exposée ci-avant) que créer, c'était être inspiré par les Dieux ou les Muses: le poète crée grâce à un don divin, un délire, un enthousiasme; l'artiste détient un mystérieux privilège: la suggestion divine le pousse à composer, à peindre, lui qui ne connaît rien à tout ce qu'il fait.
Critique de cette thèse: celle-ci représente plutôt une coquetterie de l'artiste qu'une expérience réelle; c'est en effet plutôt après de laborieux efforts dans la douleur que l'artiste crée.
Ce que veut exprimer Nietzsche: la croyance au «miracle» poétique prend naissance dans le goût de l'homme pour ce qui est fini et parfait.
La création artistique représente un labeur, non pas le fruit de l'inspiration divine et du pur enthousiasme.
-La contemplation esthétique et le jugement de goût
Cf Kant
-«Critique du jugement»
Kant compare d'abord l'agréable, qui nous procure un plaisir sensible, et le beau où ne se produit aucune satisfaction correspondant au désir sensible. Le beau proprement dit nous entraîne bien loin du désir; il est lié à une satisfaction désintéressée -je ne désire pas ce qui est beau
-1ère formulation du jugement de goût: «Le goût est la faculté de juger un objet ou un mode de représentation par la satisfaction ou le déplaisir d'une façon toute désintéressée. On appelle le beau l'objet de cette satisfaction».
Puis Kant analyse l'universalité esthétique, qui est une universalité sans concept; quand je juge un objet beau, j'attribue à chacun le sentiment que j'éprouve devant l'objet. Cette universalité est de droit et non de fait.
-2ème caractère du jugement de beauté: «Est beau ce qui plaît universellement sans concept»
Kant sépare donc ici le Beau du Concept, alors qu'Hegel lui considère le Beau comme une expression sensible de l'Idée.
Enfin, dans le jugement de goût, se produit une convenance de l'objet à notre imagination et notre entendement: l'objet est harmonieux.
Il y a bien une finalité (car toutes les parties d'un objet d'art concourent à réaliser un ensemble harmonieux) mais cette finalité est sans fin, car le beau est à lui-même sa fin
-3ème caractère: «La beauté est la forme de la finalité d'un objet en tant qu'elle y est perçue sans la représentation d'une fin».
Enfin la nécessité du jugement de goût découle de son universalité. Cette nécessité est subjective.
-4è formulation: «Est beau ce qui est reconnu sans concept comme l'objet d'une satisfaction nécessaire».
=> Kant et Hegel se sont attachés à démontrer l'aspect désintéressé de l'expérience esthétique: elle nous délivre du monde et nous libère. L'oeuvre d'art ne vise à satisfaire que des intérêts spirituels. Elle doit exclure tout désir, toute norme d'utilité et tout intérêt pratique et moral.
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