1er Sujet
1. Le livre inspire des sentiments intenses et divers
-écrit par un homme et destiné à être lu par des hommes, il est normal que le livre touche le lecteur -cf les vers de Baudelaire ou de Prévert par exemple qui restent gravés dans notre mémoire en raison de la résonance profonde que la poésie éveille dans notre âme.
-pouvoir d'agir sur notre sensibilité dans deux directions : celle des «bons sentiments» -joie, pitié, enthousiasme, altruisme- et les «mauvais» -haine,colère, mépris.
Le livre retient, fascine ou aliène - cf Victor Hugo décrivant un lecteur devant son livre : «Tout à coup, vous vous sentez saisi, votre pensée semble ne plus être à vous, votre distraction s'est dissipée, une sorte d'absorption, presque une sujétion lui succède, vous n'êtes plus maître de vous lever, de vous en aller»
-le livre peut même modifier le cours d'une vie en susctiant une vocation -cf Hugo écrivant dans son journal après avoir lu «Atala»: «je veux être Chateaubriand ou rien».
-lelivre propose des modèles et entraîne l'adhésion; il suscite aussi l'enthousiasme de la découverte : l'enfant découvre le vaste monde dans les romans de Jules Verne, les récits de voyage, les encyclopédies,...
-de plus l'enfant apprend que le faible peut l'emporter sur le fort par la ruse, que chaque individu se construit à travers une série de métamorphoses (cf les contes de fées).
-si certains livres confirment la justesse d'une intuition, suscitent l'enthousiasme, d'autres semblent véhiculer des mensonges : le lecteur s'emporte alors contre le héros dont la désinvolture masque le cynisme et l'hypocrisie ou contre l'auteur quand il donne une image réductible du monde ou la libération qu'il promettait n'arrive pas.
-plus le lecteur est naïf, plus il est porté à confondre réalité et fiction : il s'enflamme pour des personnages jugés sympathiques, et son ressentiment contre les méchants sera violent.
=> Une émotion ressentie dans l'enfance peut laisser des traces dans la conscience au point même de déterminer le comportement de l'adulte.
2. Le livre s'adresse aussi à l'intelligence: savoir et réflexion
-le livre ne s'adresse pas essentiellement à notre sensibilité; l'écrivain peut en effet choisir de nous parler le langage de la raison, et le lecteur peut lui demander la transmission d'un savoir et une occasion de réflexion.
Cf les philosophes du 18ème (siècle des Lumières) qui s'adressaient à la raison avec l'arme de l'ironie -cf Montesquieu dénoncant l'esclavage; ou Voltaire et ses multiples combats contre l'injustice).
-le livre s'adresse à l'intelligence donc et est considéré comme un véhicule du savoir: permet de connaître le passé, comprendre le présent (cf la fresque des Rougon-Macquart de Zola où l'on voit par exemple s'édifier le Paris du préfet Haussmann).
-connaissance du présent : les images des médias ne font que défiler; pour prendre du recul, pour éviter de céder aux modes, d'adhérer aveuglement aux idéologies, on a besoin du livre.
Car tout livre force à réfléchir, oblige à juger, demande à prendre parti
-il incite surtout à se poser constamment ces 3 questions fondamentales : Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Mais si le livre pose les vraies questions, il ne faut pas lui demander d'y répondre.
-c'est en lisant et relisant les grands auteurs que nous pourrons mieux connaître cet être fragile qu'est l'homme.
«Quand je parle de moi, je parle de vous» Victor Hugo (préface des «Contemplations»).
Le livre est riche car il nous ouvre le monde et il nous ouvre à nous-mêmes.
=> Le livre excite en nous des sentiments puissants et variés; il parle aussi à notre raison.
Et à une époque où nous disposons de loisirs suffisants pour lire, mais où le livre est menacé par les médias, se priver des livres ne serait-ce pas risquer de devenir un exclu?
2e sujet
Le roman s'adresse aujourd'hui à toutes les catégories de lecteurs en assouvissant divers besoins : évasion et distraction; mais aussi formation intellectuelle ou morale; et enfin procurer un plaisir esthétique.
1. Roman = distraction et évasion
-s'évader de son univers familier pour vivre celui de son héros; cette évasion est aussi une distraction; les deux notions se rejoignent dans l'éloignement par rapport au quotidien, à sa monotonie et à ses contraintes.
Cf «Le Rouge et le Noir» qui a pour titre «Chronique de 1830» / «Les Misérables» et «L'Education sentimentale» qui évoquent les barricades de 1848 / la fresque des Rougon-Macquart de Zola qui nous emmène dans la société du Second Empire.
Cf «Le Docteur Jivago» qui nous transporte dans la tourmente d'Octobre 1917
-le romancier peut nous projeter dans lefutur comme l'auteur de «Dune» aussi bien que dans l'Egypte des pharaons avec «Le Roman de la Momie» de Théophile Gautier.
Qu'il ait pour cadre le passé ou le présent,le roman se déroule souvent sous d'autres cieux (cf Michel Strogoff qui nous emmène à Moscou; et parfois l'histoire se déroule dans une région aux contours indécis comme dans «Le Désert des Tartares» de Buzzati).
-la condition sociale des héros offre une infinie variété
Les acteurs de «La Comédie Humaine» de Balzac sont le père Goriot, vermicellier à la retraite, le père Grandet, tonnelier, le médecin de village, le curé de campagne,...
-c'est surtout en racontant les aventures de ses personnages que le romancier nous arrache à nos préoccupations (on veut savoir par exemple si Philéas Fogg va gagner son pari en bouclant le tour du monde en 80 jours;....)
-vivre par procuration grâce aux héros (on s'évade du bagne avec Jean Valjean; on sauve, avec d'Artagnan, l'honneur de la reine en récupérant ses ferrets de diamants; on survit sur une île déserte avec Robinson Crusoé;...). Tenir en haleine, imaginer des rebondissements inattendus,... : des moyens utilisés par le romancier pour nous faire partager des aventures palpitantes.
2. D'autres raisons d'être du roman
-dispenser une formation intellectuelle et morale, poser des questions ou procurer un plaisir esthétique
-le roman nous fait connaître d'abord d'autres lieux et d'autres époques
-la curiosité naturelle du lecteur pour l'autre et l'ailleurs est exploitée par tous les romanciers qui ont à coeur d'instruire leur public et de lui communiquer un message.
(cf George Sand défendant la cause de la femme dans «Indiana» / Zola peignant «la déchéance totale d'une famille ouvrière» dans «L'Assommoir» -la tâche du romancier consistant à renvoyer à la société son image pour susciter une prise de conscience et la volonté d'entreprendre les réformes indispensables.
-cette connaissance de l'homme et du monde que le lecteur demande à la fiction, ce sont essentiellement les romans d'apprentissage qui la lui fournissent, le lecteur, surtout s'il est jeune, s'identifie facilement à un héros qui comme lui attend tout de la vie, partageant ses doutes, ses enthousiasmes,... => c'est ainsi que le roman devient l'instrument privilégié de l'exploration du «moi».
-des lecteurs souhaitent aussi trouver dans le roman matière à réflexion; ils se tournent alors vers des auteurs les poussant à remettre en cause leurs certitudes ou l'image qu'ils avaient jusque là du monde et d'eux-mêmes - le lecteur y puise une leçon de vie.
Semer le doute dans l'esprit du lecteur; le roman se fait l'écho des doutes et souvent il les suscite ou les devance
(cf «Les Faux Monnayeurs» de Gide qui utilise la métaphore de la fausse monnaie pour nous pousser à nous demander si nous ne sommes pas tous enclins à tricher / Ou Sartre dans «La Nausée» qui veut nous convaincre que nous sommes du côté des «salauds»).
-il y a aussi le plaisir du texte; dans tout grand roman, on découvre le style d'un auteur : cf la phrase courte et sèche de Camus dans «L'Etranger» / l'ironie de Voltaire dans ses contes philosophiques / le romantisme -à une certaine période- de Chateaubriand.
C'est par la magie du style que le romancier introduit le lecteur dans d'autres univers.
Alors que le lecteur naif se contente de chercher si le héros réussit dans ses aventures, le lecteur averti se montre plus exigeant.
=> La majorité des lecteurs recherchent surtout l'évasion et la distraction dans les romans. Mais un autre public, s'il apprécie aussi l'aventure, souhaite que l'auteur lui apprenne à mieux se connaître, qu'il pose des questions, qu'il stimule la réflexion -le regard sur la vie, l'ouverture sur le monde le document historique, l'analyse psychologique,...