-Rappel : en 1881 l'enseignement primaire est devenu laïque, gratuit et obligatoire grâce à Jules Ferry. L'analyse des directives de J.Ferry montre qu'il assigne à l'école la mission de dispenser une formation essentiellement morale; il demande un enseignement essentiellement pratique en refusant les «discours» et les subtilités de l'éloquence.
Objectif principal : la formation intellectuelle et morale de l'élève.
But de l'école = dispenser une formation destinée à favoriser l'intégration sociale de chaque individu.
Aujourd'hui: la morale est suspecte et l'école traverse une crise. Elle enseignait naguère les humanités et défendait les valeurs humaines, l'honnêteté, la solidarité et la justice. Mais aujourd'hui ces grands impératifs moraux semblent obsolètes et sont bafoués dans la société matérialiste et mercantile de cette fin de siècle.
Une crise qui touche aussi le collège et le lyçée; le système de valeurs sur lequel reposait l'école de Jules Ferry a éclaté.
Le travail des professeurs est devenu difficile (les élèves passent plus de temps devant la télévision qu'à l'école; avant le prof était le seul à détenir la savoir; aujourd'hui il doit le partager avec les médias).
La mission de l'école aujourd'hui
-L'ébranlement des valeurs et le rejet de l'école par ses usagers obligent à redéfinir la mission de l'école. Malgré d'inévitables divergences d'opinion, un concensus semble s'établir, notamment sur la transmission d'un savoir et la formation de l'esprit critique.
-Avant tout l'école doit donner un bagage culturel.
Les pédagogues actuels insistent sur la nécessité d'inculquer un savoir. Si les mathématiques gardent une position dominante, les disciplines littéraires et l'enseignement du français sont revalorisés. Car l'élève ne sera maître de sa pensée que lorsqu'il pourra la traduire avec exactitude, clarté et concision. Et la connaissance des langues n'est-elle pas indispensable à l'ère de l'économie mondiale?
-si certains élèves rechigent à accumuler un savoir, tous veulent en revanche aiguiser leur esprit critique. Soumis à la pression des idéologies, exposé aux sollicitations de la publicité et fasciné par les images, le jeune d'aujourd'hui doit être capable de distinguer le vrai dialogue du bavardage stérile, de rejeter l'accessoire au profit de l'essentiel.
Pour prendre une décision, pour faire le bon choix, il importe qu'il dispose d'outils intellectuels comme l'esprit d'examen, le doute, la remise en question : rien n'est plus utile pour y parvenir que la lecture -de même que la lecture de la presse permet de prendre du recul par rappoirt aux événements car elle invite à les mettre en perspective et à la relativiser.
Tout cela rentre bien dans le cadre de la mission de l'école...
-conscients de leurs immaturité, beaucoup d'adolescents attendent aussi de l'école le développement de leur affectivité. Et de fait, la sensibilité s'affine au contact d'autres jeunes soumis aux mêmes contraintes et se heurtant aux mêmes difficultés. De solides amitiés naissent autour d'un projet commun et des liens se créent entre ceux qui cherchent ensemble à comprendre un problème, à préparer un exposé - cela aussi contribue à la formation dela personnalité de chacun.
Le plus important aussi pour le jeune, c'est de se rassurer sur ses possibilités et ses capacités (l'école offre de nombreuses occasions de les éprouver -cf prise de parole au cours d'un débat, projets dans le cadre de le vie du lyçée,...)
-enfin l'école favorise l'apprentissage de la liberté : respecter le temps de parole de l'autre, accepter que les camarades ne partagent pas la même opinion que la sienne, découvrir qu'un droit a toujours en contre-partie un devoir,...Tout ceci étant extrêmement formateur.
=> Les manuels et les cours de morale ont disparu depuis un certain temps dans les écoles; mais les cours de français et de philosophie invitent constamment à définir ces notions éthiques que sont la liberté, la responsabilité, la tolérance. Le rôle de l'école est donc toujours bien là, ainsi que dans l'acquisition d'un savoir.
Mais elle met certainement plus l'accent sur l'épanouissement de l'individu à l'école et par l'école.
Et les mutations du monde moderne et l'accélération de l'histoire obligent les pédagogues à redoubler de vigilance pour assurer la plus importante de leurs missions : former le jugement.