* Vie / Oeuvres
Fils d'un marchand juif d'Amsterdam, Spinoza reçut une brillante éducation.
Son attitude assez libre à l'égard des pratiques religieuses le fit excommunier de la synagogue. C'est dans les milieux chrétiens qu'il trouva les maîtres qui l'initièrent aux sciences.
Gagné à la philosophie de Descartes, il se retira à La Haye; il consacra sa vie à la méditation, gagnant sa subsistance à polir des verres de microscopes.
Souvent victime de l'intolérance et du fanatisme, Spinoza a voulu connaître le monde par la seule règle de la raison, y compris dans les questions religieuses. Professant un grand libéralisme en politique, il est à l'origine des théories modernes de la science politique.
Spinoza recherche quel est le but et le sens de l'existence. Il repousse tout dogmatisme religieux. La liberté de l'homme consiste à connaître les causes de ses passions et à agir conformément aux lois éternelles de la nature.
Son oeuvre principale, l'Ethique est une doctrine du salut par la connaissance de Dieu. Ce «traité de béatitude» se présente comme un rationalisme absolu, une philosophie sans mystère. Le salut est possible parce que notre âme participe originellement à l'entendement divin.
L''Ethique' n'est pas qu'un traité de Dieu, c'est aussi un traité de l'homme qui analyse l'âme humaine, ses affections et ses passions, tous les éléments de l'existence individuelle. Ce détour
est destiné à permetre une éducation concrète de l'individu, l'amenant à reconnaître en lui, au fond de sa 'pensée', la présence même de Dieu. La difficulté de cette philosophie vient de ce que
Spinoza se place toujours au point de vue de Dieu ou de la sagesse. Fichte ou Hegel lui reprocheront d'avoir 'exposé' la vérité, mais de ne pas l'avoir fait 'comprendre'.
Ethique (1677): est donc l'ouvrage fondamental de Spinoza. En utilisant la méthode d'exposition des traités de mathématiques, il entreprend de définir les concepts majeurs de la philosophie classique (Dieu, âme, passions,...) et d'en déduire rationnellement un système
philosophique. Plusieurs idées centrales se dégagent: Dieu est assimilé à la nature; il n'y a pas de libre arbitre, mais l'homme est régi par la nécessité inhérente aux lois de la nature; le moteur
premier de nos actes est le désir; la béatitude, but ultime de l'homme, consiste à comprendre les lois éternelles de la nature et à agir d'après elles.
Traité de théologicopolitique(1670): Ouvrage se présentant comme une défense de la liberté de pensée et une apologie de la tolérance. Le dessein de Spinoza est d'enseigner une nouvelle lecture de l''Ecriture' qui préserve la liberté de conscience. Elle ruine toute orthodoxie, car il se propose d'écarter tout ce que les superstitions ont pu ajouter à la foi. Ses contemporains n'y ont vu qu'un moment d'athéisme alors que deux siècles plus tard, Renan dira: «C'est ici que Dieu a été vu de plus près».
Apport / Originalité
Spinoza affirme que la nature et leshommes obéissent à des lois éternelles qui peuvent être découvertes par la raison. il rejette tout recours à une explication transcendante du monde.
Son dessein n'est pas de créer, mais de découvrir le bonheur éternel. La vérité représente le seul moyen d'y accéder. L'homme, l'âme, et le corps s'analysent à travers les passions, qui déterminent le bien et les vertus. L'homme capable de liberté, c'est à dire d'une action
vraie, peut accéder à l'amour de Dieu et découvrir les nécessités du droit naturel et de l'Etat.
- «Dieu, ou la Nature»: Dieu se confond avec la Nature, et il n'y a rien en dehors de celle-ci. La Nature, et tout ce qui en fait partie, y compris les hommes sont soumis à des lois éternelles. La
vraie liberté consiste à connaître ces lois.
- «Le désir» = le moteur des hommes. Pour être heureux, pour nous réaliser pleinement, il faut que nos désirs s'accordent avec l'ordre de la Nature. Nous devons donc nous libérer des passions qui nous empêchent d'avoir une connaissance adéquate du monde.
- «La liberté politique»: Spinoza rejette le pouvoir théologique. Pour lui, le gouvernement civil doit reposer sur la raison et non sur la foi. Après Hobbes, il conçoit l'Etat comme une insititution fondée sur un pacte social dont le rôle doit être d'assurer la sécurité et la liberté des citoyens.
=> Par sa critique des religions révélées, par sa défense de la démocratie et des libertés individuelles, Spinoza ouvre la voie au rationalisme, au déisme et à la pensée politique des «Lumières».
Dans une autre perspective, il ouvre la voie de la psychanalyse: son analyse du désir comme moteur fondamental de nos actes et son insistance sur la nécessité de connaître les causes de nos passions annoncent les théories de Freud.
«L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie»
«Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres et cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont détermi-
nés».