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SARTRE
1905 - 1980




* Vie / Oeuvres principales

Sartre a été le premier représentant de l'existentialisme en France, et maître à penser de l'après-guerre, . Il n'a cessé d'être passionnément actif dans son époque et de s'engager au nom de la liberté. Il est le modèle de l' «intellectuel engagé».
Il fut révélé par La Nausée (1938) et Le Mur (19939).

Entré en 1924 à l'Ecole normale supérieure, Sartre en ressort premier à l'agrégation de philosophie. Il rencontre Simone de Beauvoir qui sera la compagne de toute sa vie.
Il est professeur de lycée; et en 1938, il publie son premier roman, La Nausée. Mobilisé au début de la guerre, Sartre est fait prisonnier mais s'évade. Il collabore aux Lettres françaises clandestines et rencontre Camus.
A la libération, il se rend compte de la nécessité d'un engagement politique. Il adhère au marxisme,tout en gardant sa liberté vis-à-vis du parti communiste. Il publie oeuvres théatrales, philosophiques et critiques, romans, articles. Dans les années 60 et 70, Sartre soutient les mouvements contestataires, milite en faveur de la révolution internationale et des droits de l'homme.

Sartre est peut-être plus connu pour ses oeuvres romanesques et théatrales que pour son oeuvre philosophique. Cependant, toute sa production littéraire n'est qu'une illustration de ses thèses philosophiques.

- La Transcendance de l'ego (1936-1937) : premier essai de Sartre; c'est une analyse de la consciencen du «moi», inspirée de la phénoménologie (1) d'Husserl. Le «moi» est libre et indépendant du monde dans lequel il s'inscrit.

- L'Imaginaire (1940) : une analyse de l'imaginaire de l'homme inspirée de la phénoménologie. A sa manière, Sartre refuse d'admettre que l'imaginaire puisse rejoindre le réel. Proche de Descartes, lequel considère que l'essence de l'homme est la conscience, Sartre soutien que le réel ne peut nous être donné que grâce à la conscience qui perçoit qu'il distingue de la conscience qui imagine (la 1ère pose son objet comme présent et réel; la 2nde au contraire, se donne un objet qui est absent -imaginer une chaise, ce n'est pas la percevoir- et ces deux consciences s'excluent l'une de l'autre: je ne peux pas en même temps percevoir et imaginer). En dehors de la perception, le réel n'est qu'un néant.
Lorsque la conscience, intentionnellement, forme une image, elle réduit le monde réel à néant. Lorsque j'imagine «mon ami Pierre» (exemple célèbre donné par Sartre), il cesse d'exister réellement; il devient un être passif, qui est à l'opposé de mon imaginaire, lequel est, quant à lui, actif.
«L'imaginaire représente à chaque instant le sens implicite du réel»
== > L'imaginaire n'est pas le réel. Les objets que j'imagine ne sont pas ceux que je perçois. Ils ont une existence qui leur est propre.Ils nous éloignent du réel.

- L'Etre et le Néant (1943) : c'est le texte philosophique fondamental de Sartre, la présentation la plus élaborée des thèses de l'existentialisme athée. se présente comme une justification philosophique: son célèbre principe, selon lequel «l'existence précède l'essence» signifie simplement que la personnalité d'un individu (son essence) ne constitue nullement pour lui un destin, que la vie procède d'une succession de libres choix qui ne sont jamais totalement justifiables. Il établit que l'homme naît libre et responsable, et qu'il se définit à chaque instant par ses actes. Il fait la distinction entre l' «être pour soi» (l'homme conscient de son existence et de sa liberté), l' «être en soi» (les animaux, la nature,les objets non conscients d'eux-mêmes) et l' «être pour autrui» (l'homme conscient qui se définit par rapport aux autres). Il appelle «mauvaise foi» l'attitude de cekui qui se cache sa liberté, s'abrite derrière un quelconque déterminisme (1) pour ne pas avoir à assumer ses actes.
Sartre fonde ce principe de morale sur une ontologie du «pour-soi» comme liberté absolue; «l'homme, dit-il, est condamné à être libre», à choisir sans raison et avant toute raison, et à décider arbitrairement de sa vie. L'existentialisme de Sartre s'épanouit dans une morale qui se veut humaniste (cf «L'existentialisme est un humanisme») et dont les valeurs fondamentales sont celles de l'«engagement» et de la «responsabilité».

L'existentialisme, tout en étant une réflexion sur la nature humaine, aboutit donc à la nécessité de s'engager dans des actions concrètes. C'est là le sens de la liberté : elle consiste à choisir entre plusieurs possibilités et à en assumer les conséquences. C'est la raison pour laquelle Sartre lui-même, de son vivant, s'est battu pour des causes politiques et sociales. L'Etre et le Néant n'est pas un livre abstrait. Ce qui préoccupe Sartre, c'est l'action. Penser à ma propre liberté ne suffit jamais. Il me faut décider, même si je puis à tout moment douter, éprouver l'angoisse de me savoir seul à déterminer ce pour quoi je décide, j'agis, je m'engage. Libre, je le suis donc forcément, à moins de refuser de voir que je le suis. Mais alors, je me mens.

« L'homme, étant condamné à être libre, porte le poids du monde tout entier sur ses épaules : il est responsable du monde et de lui-même en tant que manière d'être»

* L'existentialise est un humanisme (1946)
Sartre a écrit ce livre, sorte de condensé des thèses présentées dans L'Etre et le néant, pour répondre aux critiques que l'on adressait à la philosophie existentialiste. Les uns disaient qu'elle plongeait les hommes dans le désespoir car elle enlevait tout sens au monde et à l'existence individuelle. Les autres disaient qu'en niant Dieu et les valeurs supérieures, elle conduisait à l'immoralité et à l'anarchie.
Sartre lui, montre qu'il n'en est rien. L'existentialisme met avant tout l'accent sur la liberté humaine. Il ne dit pas que la vie n'a pas de sens, mais que l'individu seul peut lui en donner un. Ainsi, l'homme n'est plus soumis à des normes qui viennent de l'extérieur. Il peut s'inventer librement, en laissant les choix que la vie lui propose à chaque instant.
L'existentialisme athée a pour point de départ une vision pessimiste de la condition humaine. Sartre en effet nie l'existence de tout ce qui pourrait donner un sens supérieur à l'existence humaine; selon lui, il n'y pas de Dieu, pas de «nature humaine»,pas de destin, pas de bien ou de beau en soi,...etc. L'homme, ainsi confronté au néant et livré à lui-même, ne peut que ressentir de l'angoisse. La philosophie existentialiste souligne

L'existentialisme est une philosophie humaniste car l'homme n'est soumis à aucun principe supérieur et qu'il décide lui-même du sens de sa vie. L'homme n'est prisonnier d'aucun déterminsime, d'aucune fatalité. «L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme».

L'existentialisme conduit à une morale de l'engagement. S'il n'y a pas de «morale générale», cela ne veut pas dire que tout est permis. La vie à suivre dépend de la situation concrète dans laquelle on se trouve. L'homme doit lutter contre tout ce qui tend à nier sa liberté et celle des autres.

«L'homme tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est seulement, non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut».

* Apport

Les hommes sont seuls et libres : Sartre a tiré toutes les conséquences de ce constat sur la condition humaine. En insistant sur la nécessité d'être engagé dans son époque, il a contribué à faire descendre les philosophes de leur tour d'ivoire.

La liberté du sujet : en partant de l'homme, Sartre a élaboré une éthique de la liberté radicale: il n'y pas de Dieu, l'homme est seul et libre, il est par conséquent responsable de lui-même et des autres.

L'engagement : en affirmant que l'homme se définit par ses actions et en rejoignant les analyses du marxisme, la philosophie de Sartre aboutit à la nécessité d'un engagement politique. Il apparaît ainsi comme l'un des modèles de l' «intellectuel engagé».
«Un intellectuel, pour moi, c'est cela : quelqu'un qui est fidèle à un ensemble politique et social, mais qui ne cesse de le contester»

Le maître à penser : Sartre est ainsi considéré comme l'un des derniers «maîtres à penser», c'est à dire un intellectuel qui semblait avoir réponse à toutes les questions et vers lequel les intellectuels du monde entier se tournaient.

La philosophie de Sartre, par son aspect révolutionnaire, a eu une grande influence sur plusieurs générations jusque dans les années 1960. Après, toutefois, elle a été quelque peu supplantée par le structuralisme (3), qui minimise l'importance de l'homme et de sa liberté.
Malgré tout, on peut dire que l'éthique de l'engagement est incontournable à notre époque, et qu'aujourd'hui, les organisations de défense des droits de l'homme sont en quelque sorte les continuateurs de la démarche sartrienne.

(1) Phénoménologie : système et méthode philosophiques élaborés par Husserl ayant pour but l'analyse de la conscience (notre conscience n'est jamais vide, elle a toujours conscience de quelque chose)

(2) Déterminsime : doctrine philosophique selon laquelle tous les éléments et toutes les actions humaines sont liées à des causes antérieures. Le déterminisme nie qu'il y ait du hasard dans les événements et de la liberté dans toutes les actions humaines.

(3) Structuralisme : méthode développée dans les années 50-60 dans différentes ssciences humaines (linguistique, anthropologie, philosophie,...) consistant à dégager dans les objets d'étude une structure, c'est à dire un ensemble de relations entre différents éléments (par exemple une communauté primitive sera étudiée du point de vue de ses structures matrimoniales)



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